Summer Pockets à Naoshima : le pèlerinage de l'île qui recommence

24 août 2026 12 min
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Pèlerinage Summer Pockets à Naoshima : les lieux réels de l'anime (Benzaiten, Ishii Shoten, le barrage), l'histoire de l'île et la carte complète des spots.

Le 19 août 2025, j'ai débarqué à Naoshima pour un pèlerinage Summer Pockets sans avoir vu un seul épisode. Un an plus tard, j'ai appuyé sur play, et j'ai reconnu chaque lieu. Cet article raconte la même journée trois fois. Ceux qui ont fini la série comprendront pourquoi il recommence.


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Cet article accompagne mon dossier vidéo : mes images de l'île face aux plans de l'anime, et les trois routes en montage.

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La route du pèlerin

Le ferry se rapproche de Naoshima. On est le 19 août 2025, et je me suis fait embarquer dans un pèlerinage Summer Pockets. Le problème, c'est que je n'ai jamais vu Summer Pockets.

Nous étions trois, en road trip autour de la Setonaikai. L'un voulait son pèlerinage, je voulais voir une île : Naoshima faisait les deux. Alors non, en débarquant, je n'ai pas ressenti ce que ressent Hairi en arrivant à Torishirojima. On sortait à peine du Comiket, on avait des heures de route dans les jambes, et je surveillais surtout l'horaire du dernier ferry.

Le plan de la journée : faire le tour de l'île à vélo. Quatre boutiques de location attendent à la sortie du port, mais on file droit vers celle qui affiche les personnages de Summer Pockets en grand sur sa façade orange : Fuu-chan Rental Cycle. Le gérant est préparé : avec les vélos, il distribue une carte de pèlerinage papier, tous les spots de l'île et les scènes associées. Ce que je ne savais pas encore, c'est que sa boutique apparaît elle-même dans l'épisode 6. On a littéralement loué nos vélos dans un seichi.

Premier spot... Je ne le prends pas en photo. C'est le pèlerinage de mon pote, moi je suis juste là pour la balade. Mais le naturel revient au galop : devant cette carte de lieux à collectionner, je me mets moi aussi à photographier des barrières et des angles de rue, en collant aux angles de l'anime.

Le premier endroit où nous croisons d'autres pèlerins, c'est Benzaiten, là où Shiroha pêche dans la série. Il n'y a pas deux ou trois personnes : plus d'une dizaine, certains avec leurs goodies, qui attendent leur tour pour la photo. Même pour Google c'est évident, le lieu est taggé « lieu de culte ». Je fais la queue comme tout le monde, sans vraiment savoir pourquoi cet endroit est si important.

Il y a d'ailleurs une raison si tout le monde débarque en même temps : le chemin vers l'îlot n'est praticable qu'à marée basse. Tous les pèlerins de l'île partagent la même fenêtre de tir : vérifiez les horaires de marée avant de planifier votre journée.

La suite s'enchaîne à coups de pédale : la plage de Gotanji, le port du sud-ouest, le sanctuaire Hachiman, et même le barrage de Naoshima, où Shiroha et Hairi tentent d'attirer les poissons avec leurs « faux » pouvoirs. Une scène anodine en apparence, et pourtant c'est pourtant celle que le scénariste du jeu cite lui-même comme le premier moment où Shiroha laisse éclater ses émotions.

Je suis désormais devant, à guider le groupe. J'ai sombré.

À Honmura, la partie habitée de l'est où loge Hairi, on retrouve les visages de Benzaiten, tous massés devant la façade d'Ishii Shoten. L'intérieur est identique à celui de l'anime, mais on ne peut le voir qu'en y dormant. Alors dehors, on se rabat sur ce qu'on peut : une dizaine d'inconnus stackés sur le même pixel pour l'angle parfait. Avec le recul, je trouve toujours aussi drôle qu'on était dix à photographier un distributeur de boissons.

Le nord de l'île ? Pas le temps. Et de toute façon, il n'y a rien à voir là-bas. On repart vers l'ouest pour boucler la carte : les angles de rue, l'onsen. On passe devant Iwata Confect, la boutique de la grand-mère d'Ao, fermée définitivement. Il ne reste que des affiches décolorées par le soleil derrière la vitrine. Enfin... « il ne reste que ». Ces goodies derrière la vitre, quelqu'un les a placés là, exprès. Mais c'est une autre histoire.

Dernières photos au port de Miyanoura, celui qui accueille Hairi au premier épisode, en tordant nos cadrages pour éviter la citrouille rouge à pois noirs. La salle d'attente du ferry est pleine à craquer. 500 000 visiteurs par an, et nous n'avons croisé qu'une vingtaine de pèlerins aujourd'hui. À se demander ce qui attire les gens à Naoshima...


La route de l'île

Le ferry se rapproche de Naoshima. Je fais partie des 500 000 touristes qui visitent l'île chaque année. L'île, elle, ne compte que 3 000 habitants permanents.

Je repasse devant Iwata Confect. C'était l'une des dizaines de boutiques que comptait l'île autrefois ; elle a fermé en 2023, avant même la diffusion de l'anime. La vitrine a été volontairement laissée en l'état pour les fans, posters et goodies exposés. Mais plus aucun enfant n'y achètera de kakigōri ni de barre de pastèque.

Et pourtant, ça n'a pas toujours été comme ça.

Du sel et de la pêche dès l'ère Kofun, du commerce maritime, et le torii de granit du sanctuaire Hachiman, celui de mes photos de pèlerinage, veille déjà sur l'île quand le shogunat en fait son domaine direct en 1672. Sur cette île prospère, les arts fleurissent : on y joue le kabuki, on s'y passionne pour le théâtre de marionnettes, le bunraku. Jusqu'en 1873, quand le bateau parti chercher de nouvelles marionnettes à Awa fait naufrage au retour, au large de Shōdoshima. La passion de Naoshima pour le bunraku s'éteint avec les disparus. Sur cette île, la mer prend autant qu'elle donne. Shiroha le sait.

Au 20e siècle, l'industrie japonaise est florissante, et ses fleurons cherchent un endroit où s'installer. Ou plutôt : à sacrifier. Mitsubishi est de ceux-là. Le cuivre est une industrie terriblement polluante, et des îles comme Teshima refusent net son installation. Naoshima, elle, ne peut pas refuser : mauvaises récoltes, épidémies à répétition, une économie à bout. Pour son maire, c'est une aubaine. En 1917, la fonderie s'installe.

Même la décision prise, les propriétaires terriens, inquiets des fumées, résistent. Il faudra plus de 75 sessions pour les convaincre. Le maire Matsushima le martèle : il n'y a plus aucun avenir dans l'agriculture ni la pêche, et cette fonderie, c'est « le bonheur du village pour cent ans ». Pour ce maire de 35 ans, ce choix irréversible est le prix de la prospérité de l'île. Il tiendra parole, dans les deux sens du terme.

La fonderie, première en son genre en Orient, sort de terre au nord de l'île. Le nord. Là où il n'y a « rien à voir ». Pendant cinquante ans, le pari est gagné : la population explose de 2 000 à plus de 7 500 habitants, et le niveau de vie suit. Un hôpital tout équipé, un cinéma dans l'enceinte de la fonderie, les meilleurs salaires de la préfecture. Quand l'État propose son aide aux îles isolées, la demande de Naoshima est même refusée : « une île qui a tout, il ne lui manque qu'un pont ». Le vrai lieu de culte de l'île, pendant un demi-siècle, c'est la fonderie : 85 % des impôts de la commune.

Mais l'impact sur la nature arrive, lui aussi, exactement comme le craignaient les opposants. La pollution et le dioxyde de soufre tuent la forêt du nord de l'île. La forêt dense des étés de Summer Pockets, celle où Ao récupère les shichieichō, ces mystérieux papillons, celle où Umi disparaît régulièrement, existe pourtant bien aujourd'hui. Elle a été replantée, arbre par arbre, depuis l'après-guerre.

Dans les années 60, la tendance s'inverse. La production augmente et les besoins en hommes diminuent : l'île perd près de 1 000 habitants entre 1960 et 1965. En 1967, pour garder Mitsubishi, un accord est signé : de nouvelles installations, mais aucun nouvel emploi. L'usine n'est pas partie. Elle a juste appris à tourner sans les hommes.

En 1966, pour relancer le sud de l'île, ces plages que j'ai longées à vélo, Fujita Kankō ouvre une station balnéaire, le « Mujintō Paradise ». Le succès est immédiat... jusqu'au choc pétrolier de 1973.

Sur les ruines du paradis abandonné, quelqu'un allait retenter sa chance. Pas un industriel. Pas un promoteur. Un éditeur de manuels scolaires.


La route cachée

Le ferry se rapproche de Naoshima. La première chose que je vois depuis le pont, c'est cette drôle de citrouille rouge à pois noirs. Une citrouille qui n'apparaît nulle part dans l'anime.

À la sortie du port, il y a quatre boutiques de location, et nous qui filons, sans réfléchir, vers celle qui affiche Summer Pockets. 500 000 visiteurs par an, et un tri qui s'opère dès le débarcadère. Eux aussi suivaient une carte. Pas la même que nous.

Au milieu des années 60, l'île sortait de deux paris perdus : l'usine tournait sans les hommes et le paradis balnéaire avait fait faillite. Et c'est un éditeur de manuels scolaires qui allait la rendre célèbre dans le monde entier. Le même schéma qu'un demi-siècle plus tôt : en 1916, un maire et un industriel ; en 1985, un maire et un éditeur. Chikatsugu Miyake, maire de Naoshima, voulait développer la culture et l'éducation sur son île. Tetsuhiko Fukutake, fondateur de Fukutake Publishing, rêvait d'un lieu dans la Setonaikai où les enfants du monde entier pourraient se rassembler, sur une île qui perdait les siens.

Fukutake meurt en 1986, avant même le premier camp de 1989. C'est son fils Sōichirō qui reprend le flambeau, avec une vision : redonner leur fierté aux habitants. En 1992, la Benesse House ouvre : un musée d'art contemporain où l'on dort. Et dès 1994, la célèbre citrouille jaune à pois noirs de Yayoi Kusama s'installe sur la jetée de Gotanji, symbole de la renaissance de l'île.

L'anime l'a effacée de ses plans de Gotanji. Sur ma photo de la même plage, elle est pourtant bien là, au loin. Et moi, à l'autre bout de l'île, je cadrais pour éviter sa jumelle rouge. Chacun gommait de son cadre la moitié de l'île qui n'était pas la sienne.

On peut se demander si l'art et le pèlerinage sont compatibles. D'un côté, des centaines de milliers de visiteurs venus voir l'île transformée ; de l'autre, une poignée de pèlerins venus retrouver le visage nostalgique et rural de la série. Et pourtant, les deux coexistent, parce que depuis le début, la démarche de Fukutake consiste à utiliser l'existant, la nature, les lieux tels qu'ils sont. C'est pour cela qu'il fait appel à Tadao Andō, l'architecte des bâtiments qui se fondent dans le décor.

À Honmura, de vieilles bâtisses abandonnées deviennent des œuvres : c'est l'Art House Project. À trois rues de là, une autre vieille bâtisse héberge des pèlerins : Ishii Shoten, l'auberge de Hairi. Même quartier, même principe, deux publics. Derrière le sanctuaire de mon pèlerinage se cache une œuvre que j'avais complètement manquée. Enfin, manquée... J'étais si occupé à chercher les angles de vue de l'anime que je n'ai pas remarqué que l'escalier du Go'o Shrine était en verre. Et l'onsen de l'anime ? C'est le Naoshima Bath « I♥湯 », un bain public entièrement refaçonné par l'artiste Shinrō Ōtake. Les 500 000 visiteurs regardent les mêmes lieux que la poignée de pèlerins. On ne voit simplement pas la même chose.

On dit que l'art a sauvé Naoshima. Mais l'art n'a jamais eu besoin d'être sauvé : en 1948, alors que les collines reverdissaient à peine, quatre femmes de l'île relançaient le bunraku, cet art de marionnettes englouti en 1873. Elles le jouent aujourd'hui au Naoshima Hall, une salle construite pour la Triennale de 2016.

L'expansion ne s'arrête plus : nouveaux musées, Triennale, et en 2025 la BBC classe Naoshima parmi ses 25 destinations mondiales, seule entrée japonaise. La même année, Summer Pockets commence sa diffusion.

Un an après mon passage, pour ne plus être un touriste qui ignorait ce qu'il était venu faire à Naoshima, j'ai choisi la carte que je voulais suivre. J'ai regardé Summer Pockets.


Un an plus tard

Le ferry se rapproche de Naoshima. Mais cette fois, ce n'est pas moi : c'est l'épisode 1. Un soir d'été, un an après mon passage, j'ai appuyé sur play.

Hairi descend du bateau et marche vers la ville. Et moi, je reconnais tout. Le port de Miyanoura. L'auberge Ishii Shoten. Iwata Confect. Jusqu'à la boutique de vélos Fuu-chan, à l'épisode 6. Et dans l'opening, une fille marche sur une plage où j'ai fait la queue sous le soleil d'août, sans savoir, à l'époque, pourquoi ce lieu était si important. Maintenant, je sais.

Et pourtant, je n'ai vu qu'une infime partie de l'île. Je n'ai pas vu le nord. Pas les musées. Je n'ai pas dormi chez Hairi. Je n'ai pas trouvé la lanterne que les pèlerins classent en spot SSR. Certains fans, eux, ont bouclé jusqu'au bout : plusieurs ont fini par déménager sur les îles.

Alors je compte bien y retourner un jour. Refaire la même journée, encore et encore, jusqu'à obtenir ce que je désire.

D'ici là, j'ai refait la carte du gérant de Fuu-chan en version interactive, pour que votre première boucle soit meilleure que la mienne.

👉 Tous les lieux Summer Pockets sur la carte MyAnimeTrip

Et vous, quand est-ce que vous prendrez le ferry pour Naoshima ?


Pour préparer votre pèlerinage Summer Pockets à Naoshima

  • Accès : ferry depuis Takamatsu (1h, ~10-15 traversées/jour) ou depuis Uno, côté Okayama (20 min) jusqu'au port de Miyanoura.
  • Sur place : le vélo est la meilleure option — l'île fait ~16 km de circonférence. Location dès la sortie du port ; Fuu-chan Rental Cycle distribue une carte de pèlerinage papier.
  • Benzaiten : l'îlot n'est accessible qu'à marée basse. Vérifiez les horaires de marée avant de construire votre itinéraire.
  • Ishii Shoten : l'intérieur (celui de l'anime) n'est visible qu'en y passant la nuit — réservez très en avance.
  • Torishirojima est un composite : Naoshima en est le cœur, mais Ogijima et Megijima complètent le pèlerinage.

Sources

Cet article, comme la vidéo, repose sur des sources officielles et primaires.

Production et pèlerinage Summer Pockets

Histoire de l'île

  • Shibata Hirokatsu, « 銅製錬・アート・産廃処理の町・直島の現在 » (univ. Senshū, citant la série 島びと20世紀 du Shikoku Shimbun) — [senshu-u.repo.nii.ac.jp]
  • Histoire officielle du Benesse Art Site Naoshima — [benesse-artsite.jp]
  • Le Onna Bunraku de Naoshima, blog officiel de la Setouchi Triennale — [setouchi-artfest.jp]
  • BBC Travel, « The Japanese island that was saved by art » (2025) — [bbc.com]
  • Wikipédia (JA) — 直島 / 直島町
  • Mitsubishi Materials, fonderie de Naoshima — [mmc.co.jp]
  • 香川の民俗 直島女文楽 — [youtube.com]
  • 直島対談, chaîne officielle Benesse — [youtube.com]
  • 三菱マテリアル直島製錬所 100周年特番 — [youtube.com]
  • MyAnimeTrip Seichi Junrei Database — [myanimetrip.fr]

©VISUAL ARTS/Key/鳥白島観光協会 — images de la série utilisées à des fins de commentaire et d'analyse.